Page:Flaubert - Salammbô.djvu/368

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des Barbares s’en recouvraient comme si la terre, montant sur eux, avait voulu les ensevelir. Rien ne bougeait ; l’éternelle montagne, chaque matin, leur semblait encore plus haute.

Quelquefois des bandes d’oiseaux passaient à tire d’aile, en plein ciel bleu, dans la liberté de l’air. Ils fermaient les yeux pour ne pas les voir.

On sentait d’abord un bourdonnement dans les oreilles, les ongles noircissaient, le froid gagnait la poitrine, on se couchait sur le côté et l’on s’éteignait sans un cri.

Le dix-neuvième jour, deux mille Asiatiques étaient morts, quinze cents de l’Archipel, huit mille de la Libye, les plus jeunes des Mercenaires et des tribus complètes, en tout vingt mille soldats, la moitié de l’armée.

Autharite, qui n’avait plus que cinquante Gaulois, allait se faire tuer pour en finir, quand, au sommet de la montagne, en face de lui, il crut voir un homme.

Cet homme, à cause de l’élévation, ne paraissait pas plus grand qu’un nain. Cependant Autharite reconnut à son bras gauche un bouclier en forme de trèfle. Il s’écria :

— Un Carthaginois !

Et, dans la plaine, devant la herse et sous les roches, immédiatement tous se levèrent. Le soldat se promenait au bord du précipice ; d’en bas, les Barbares le regardaient.

Spendius ramassa une tête de bœuf ; puis avec deux ceintures ayant composé un diadème, il le planta sur les cornes au bout d’une perche, en témoignage d’intentions pacifiques. Le Carthaginois disparut. Ils attendirent.