Page:Flaubert - Salammbô.djvu/374

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coutelas ; partis tous à la fois du fond de la plaine, ils s’avançaient de chaque côté, parallèlement.

Une terreur sans nom glaça les Barbares. Ils ne tentèrent même pas de s’enfuir. Déjà, ils se trouvaient enveloppés.

Les éléphants entrèrent dans cette masse d’hommes ; et les éperons de leur poitrail la divisaient, les lances de leurs défenses la retournaient comme des socs de charrues ; ils coupaient, taillaient, hachaient avec les faux de leurs trompes ; les tours, pleines de phalariques, semblaient des volcans en marche ; on ne distinguait qu’un large amas où les chairs humaines faisaient des taches blanches, les morceaux d’airain des plaques grises, le sang des fusées rouges ; les horribles animaux, passant au milieu de tout cela, creusaient des sillons noirs. Le plus furieux était conduit par un Numide couronné d’un diadème de plumes. Il lançait des javelots avec une vitesse effrayante, tout en jetant par intervalles un long sifflement aigu ; les grosses bêtes, dociles comme des chiens, pendant le carnage tournaient un œil de son côté.

Leur cercle peu à peu se rétrécissait ; les Barbares, affaiblis, ne résistaient pas ; bientôt, les éléphants furent au centre de la plaine. L’espace leur manquait ; ils se tassaient, à demi cabrés, les ivoires s’entrechoquaient. Tout à coup, Narr’Havas les apaisa, et, tournant la croupe, ils s’en revinrent au trot vers les collines.

Cependant, deux syntagmes s’étaient réfugiés à droite dans un pli du terrain, avaient jeté leurs armes, et, tous à genoux vers les tentes puniques, ils levaient leurs bras pour implorer grâce.