Page:Flaubert - Salammbô.djvu/373

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Spendius tomba évanoui sur la natte. Les Barbares, comme l’abandonnant, se resserrèrent les uns près des autres : et il n’y eut pas un mot, pas une plainte.

Leurs compagnons, qui les attendaient, ne les voyant pas revenir, se crurent trahis. Sans doute, les parlementaires s’étaient donnés au Suffète.

Ils attendirent encore deux jours : puis, le matin du troisième, leur résolution fut prise. Avec des cordes, des pics et des flèches disposées comme des échelons entre des lambeaux de toile, ils parvinrent à escalader les roches ; et, laissant derrière eux les plus faibles, trois mille environ, ils se mirent en marche pour rejoindre l’armée de Tunis.

Au haut de la gorge s’étalait une prairie clairsemée d’arbustes ; les Barbares en dévorèrent les bourgeons. Ensuite, ils trouvèrent un champ de fèves ; et tout disparut comme si un nuage de sauterelles eût passé par là. Trois heures après, ils arrivèrent sur un second plateau, que bordait une ceinture de collines vertes.

Entre les ondulations de ces monticules, des gerbes couleur d’argent brillaient, espacées les unes des autres ; les Barbares, éblouis par le soleil, apercevaient confusément, en dessous, de grosses masses noires qui les supportaient. Elles se levèrent, comme si elles se fussent épanouies. C’étaient des lances dans des tours, sur des éléphants effroyablement armés.

Outre l’épieu de leur poitrail, les poinçons de leurs défenses, les plaques d’airain qui couvraient leurs flancs, et les poignards tenus à leurs grenouillères, ils avaient au bout de leurs trompes un bracelet de cuir où était passé le manche d’un large