Page:Flaubert - Salammbô.djvu/39

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de colliers et d’amulettes : il invoqua tour à tour Baal-Kamon, Moloch, les sept Cabires, Tanit et la Vénus des Grecs. Il grava un nom sur une plaque de cuivre et il l’enfouit dans le sable au seuil de sa tente. Spendius l’entendait gémir et parler tout seul.

Une nuit il entra.

Mâtho, nu comme un cadavre, était couché à plat ventre sur une peau de lion, la face dans les deux mains ; une lampe suspendue éclairait ses armes, accrochées contre le mât de la tente.

— Tu souffres ? lui dit l’esclave. Que te faut-il ? réponds-moi !

Et il le secoua par l’épaule en l’appelant plusieurs fois :

— Maître ! maître !…

Mâtho leva vers lui de grands yeux troubles.

— Écoute ! fit-il à voix basse, avec un doigt sur les lèvres. C’est une colère des Dieux ! la fille d’Hamilcar me poursuit ! J’en ai peur, Spendius !

Il se serrait contre sa poitrine, comme un enfant épouvanté par un fantôme.

— Parle-moi ! je suis malade ! je veux guérir ! j’ai tout essayé ! Mais toi, tu sais peut-être des Dieux plus forts ou quelque invocation irrésistible ?

— Pour quoi faire ? demanda Spendius.

Il répondit, en se frappant la tête avec ses deux poings :

— Pour m’en débarrasser !

Puis il se disait, se parlant à lui-même, avec de longs intervalles :

— Je suis sans doute la victime de quelque