Page:Flaubert - Salammbô.djvu/397

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refluaient, et de triomphantes clameurs s’élevant au loin avaient l’air de les pousser comme des épaves dans une tempête. Hamilcar se désespérait ; tout allait périr sous le génie de Mâtho et l’invincible courage des Mercenaires !

Mais un large bruit de tambourins éclata dans l’horizon. C’était une foule, des vieillards, des malades, des enfants de quinze ans et même des femmes qui, ne résistant plus à leur angoisse, étaient partis de Carthage, et, pour se mettre sous la protection d’une chose formidable, ils avaient pris, chez Hamilcar, le seul éléphant que possédait maintenant la République, celui dont la trompe était coupée.

Alors il sembla aux Carthaginois que la Patrie, abandonnant ses murailles, venait leur commander de mourir pour elle. Un redoublement de fureur les saisit, et les Numides entraînèrent tous les autres.

Les Barbares, au milieu de la plaine, s’étaient adossés contre un monticule. Ils n’avaient aucune chance de vaincre, pas même de survivre ; mais c’étaient les meilleurs, les plus intrépides et les plus forts.

Les gens de Carthage se mirent à envoyer, par-dessus les Numides, des broches, des lardoires, des marteaux ; ceux dont les consuls avaient eu peur mouraient sous des bâtons lancés par des femmes ; la populace punique exterminait les Mercenaires.

Ils s’étaient réfugiés sur le haut de la colline. Leur cercle, à chaque brèche nouvelle, se refermait ; deux fois il descendit, une secousse le repoussait aussitôt ; et les Carthaginois, pêle-mêle,