Page:Flaubert - Salammbô.djvu/408

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des plateaux d’ébène, et des limons, des grenades, des courges et des pastèques faisaient des monticules sous les hautes argenteries ; des sangliers, la gueule ouverte, se vautraient dans la poussière des épices ; des lièvres, couverts de leurs poils, paraissaient bondir entre les fleurs ; des viandes composées emplissaient des coquilles ; les pâtisseries avaient des formes symboliques ; quand on retirait les cloches des plats, il s’envolait des colombes.

Cependant les esclaves, la tunique retroussée, circulaient sur la pointe des orteils ; de temps à autre, les lyres sonnaient un hymne, ou bien un chœur de voix s’élevait. La rumeur du peuple, continue comme le bruit de la mer, flottait vaguement autour du festin et semblait le bercer dans une harmonie plus large ; quelques-uns se rappelaient le banquet des Mercenaires ; on s’abandonnait à des rêves de bonheur ; le soleil commençait à descendre, et le croissant de la lune se levait déjà dans l’autre partie du ciel.

Mais Salammbô, comme si quelqu’un l’eût appelée, tourna la tête : le peuple, qui la regardait, suivit la direction de ses yeux.

Au sommet de l’Acropole, la porte du cachot, taillé dans le roc au pied du temple, venait de s’ouvrir ; et dans ce trou noir, un homme sur le seuil était debout.

Il en sortit courbé en deux, avec l’air effaré des bêtes fauves quand on les rend libres tout à coup.

La lumière l’éblouissait, ; il resta quelque temps immobile. Tous l’avaient reconnu et ils retenaient leur haleine.