Page:Flaubert - Salammbô.djvu/49

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Alors Spendius commença d’une voix véhémente :

— Il a d’abord dit que tous les dieux des autres peuples n’étaient que des songes près des dieux de Carthage ! Il vous a appelés lâches, voleurs, menteurs, chiens et fils de chiennes ! La République sans vous (il a dit cela !), ne serait pas contrainte à payer le tribut des Romains, et par vos débordements vous l’avez épuisée de parfums, d’aromates, d’esclaves et de silphium, car vous vous entendez avec les Nomades sur la frontière de Cyrène ! Mais les coupables seront punis ! Il a lu l’énumération de leurs supplices ; on les fera travailler au dallage des rues, à l’armement des vaisseaux, à l’embellissement des Syssites, et l’on enverra les autres gratter la terre dans les mines, au pays des Cantabres.

Spendius redit les mêmes choses aux Gaulois, aux Grecs, aux Campaniens, aux Baléares. En reconnaissant plusieurs des noms propres qui avaient frappé leurs oreilles, les Mercenaires furent convaincus qu’il rapportait exactement le discours du Suffète. Quelques-uns lui crièrent :

— Tu mens !

Leurs voix se perdirent dans le tumulte des autres ; Spendius ajouta :

— N’avez-vous pas vu qu’il a laissé en dehors du camp une réserve de ses cavaliers ? À un signal ils vont accourir pour vous égorger tous.

Les Barbares se tournèrent de ce côté, et, comme la foule alors s’écartait, il apparut au milieu d’elle, s’avançant avec la lenteur d’un fantôme, un être humain tout courbé, maigre, entièrement nu et caché jusqu’aux flancs par de longs cheveux hé-