Page:Flaubert - Salammbô.djvu/53

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dérable : à mesure que l’on ouvrait les corbeilles, il en apparaissait, et des rires s’élevaient comme des flots qui s’entrechoquent.

Quant à la solde des Mercenaires, elle emplissait, à peu près, deux couffes de sparterie ; on voyait même, dans l’une, de ces rondelles en cuir dont la République se servait pour ménager le numéraire ; et comme les Barbares paraissaient fort surpris, Hannon leur déclara que, leurs comptes étant trop difficiles, les Anciens n’avaient pas eu le loisir de les examiner. On leur envoyait cela, en attendant.

Alors tout fut renversé, bouleversé : les mulets, les valets, la litière, les provisions, les bagages. Les soldats prirent la monnaie dans les sacs pour lapider Hannon. À grand’peine il put monter sur un âne ; il s’enfuyait en se cramponnant aux poils, hurlant, pleurant, secoué, meurtri, et appelant sur l’armée la malédiction de tous les dieux. Son large collier de pierreries rebondissait jusqu’à ses oreilles. Il retenait avec ses dents son manteau trop long qui traînait, et de loin les Barbares lui criaient :

— Va-t’en, lâche ! pourceau, égout de Moloch ! sue ton or et ta peste ! plus vite ! plus vite !

L’escorte en déroute galopait à ses côtés.

Mais la fureur des Barbares ne s’apaisa pas. Ils se rappelèrent que plusieurs d’entre eux, partis pour Carthage, n’en étaient pas revenus ; on les avait tués sans doute ? Tant d’injustice les exaspéra, et ils se mirent à arracher les piquets des tentes, à rouler leurs manteaux, à brider leurs chevaux ; chacun prit son casque et son épée, en un instant tout fut prêt. Ceux qui n’avaient pas d’armes