Page:Fleury - Littérature orale de la Basse-Normandie, 1883.djvu/169

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


DE LA BASSE-KORMANDIE I45

crie, elle le pousse, elle le pince; rien n'y fait, il dort jusqu'au jour. Seulement ceux qui couchaient tout près de là se plaignent du tapage qu'on a fait dans la chambre du prince et demandent en grâce qu'une autre fois on les laisse dormir.

La jeune femme dépitée, mais non découragée, se retire dans le petit réduit qu'on lui a assigné ; et là elle casse ses trois noisettes. Il en sort un superbe trô (i) tout en or et en pierreries. La première noisette fournit le pied ; la seconde, les quatre bras ; la troisième, la manivelle pour le faire tourner. On parle de ce superbe trô à la dame du château. Elle vient le voir.

— Qui a apporté cela? demande la dame.

— Moi, madame, répond l'aide de cuisine.

— Veux-tu me le vendre ?

— Je ne le vends pas, il faut le gagner,

— Que faut-îl faire pour le gagner ?

— Me permettre de coucher encore aujourd'hui avec le prince.

On lui objecte que c'est extravagant, que c'est

(i) Le trô ou trouil est une sorte de dévidoir vertical qui sert à mettre en écheveau le fil roulé sur des fuseaux. Le dévidoir dont il est question plus loin, sert à mettre en peloton le fil qu'on a mis en écheveau au moyen du trô.