Page:Fleury - Littérature orale de la Basse-Normandie, 1883.djvu/30

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LITTÉRATURE ORALE

épaule, après avoir mis dessous un peu de fougère, et la maintenait en équilibre à l'aide d'une forte lisière qu'elle tendait de la main droite allongée et élevée à la hauteur de la tète, et elle s'avançait ainsi cambrée et campée fièrement au milieu de ses adorateurs, qu'elle ne voulait même pas regarder, quoiqu'elle fut avenante avec tous.

Colombe ne se contentait pas d'être belle, elle était savante , c'est ce qui la perdit. Un proverbe de la Hague prétend que

Prêtre qui danche (danse), Poule qui chante. Fille qui sait l'iatin, Font mauvaise fin.

On ne dit pas que Colombe sût le latin, mais elle savait lire et écrire et elle aimait à lire les livres que le curé lui prêtait. Ce curé était un jeune homme d'une belle prestance, qui « prêchait comme un saint et chantait comme un ange. » Colombe allait souvent au presbytère chercher des livres. D'abord elle n'y restait pas longtemps, mais peu à peu elle s'habitua à y aller plus sou- vent et à faire des visites plus longues. Le curé avait un joli jardin avec d'excellents fruits, des