Page:Fleury - Littérature orale de la Basse-Normandie, 1883.djvu/59

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DE LA BASSE-NORMANDIE 35

moine, qui ne veut pas reculer. Que le Diable m'em- porte à l'instant dans la mer si j'ai reçu cet argent !

II n'avait pas fini de parler qu'un grand bruit se fit dans la cheminée, — une main, — on ne vit pas le corps, — vint saisir le moine; il disparut par le tU3-au à suie, — et on ne l'a plus revu depuis qu'à l'état de vision.

L'autre tradition rappelle une foule d'autres histoires bien connues. Dans cette version, le moine aurait été le receveur, l'intendant, si l'on veut, du seigneur de Réville, dont les propriétés étaient traversées par la Saire. Le seigneur de Ré- ville vivait généralement loin de son domaine, guerroyant, s'amusant et ne reparaissant guère chez lui que lorsqu'il avait besoin d'argent. Sa femme au contraire restait dans le manoir, et pen- dant que le mari menait grand train au dehors, elle menait grand train chez elle avec ses amis et avec le moine qui était en même temps son ami de cœur et son caissier, le tout aux frais de l'ab- sent. Mais l'absent reparaît tout à coup, il lui faut de l'argent, il prouve au moine qu'il doit en avoir, et se montre très pressé. Cr la caisse était vide. Le moine se désespérait. Il y a de quoi se donner au diable, pensait-il.