Page:Fleury - Littérature orale de la Basse-Normandie, 1883.djvu/75

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DE LA BASSE-NORMAXDIE S I

— Moi, grand Dieu !

— Tu as volé un couteau de six liards.

— Je l'ai emporté par mégarde.

— Et tu l'as gardé par négligence ; mais tu l'as gardé sachant qu'il ne t'appartenait pas.

Le doyen dut se retirer. Beaucoup d'autres sui- virent. Le diable refusa toujours de s'éloigner.

— Vous perdez votre peine, leur dit-il, je ne crains que le grand rouge.

On se demanda quel pouvait être ce grand rouge. On n'en savait rien. On passa en revue tous les curés et vicaires de l'évêché deCoutances, aucun ne répondait au signalement. On se souvint enfin d'un tout jeune prêtre, fils d'un pauvre culti- vateur, ordonné récemment, mais laissé sans emploi à cause de son humble origine. On l'alla chercher, il se fit prier longtemps. On le décida enfin. Pen- dant qu'il prononçait les paroles de l'exorcisme, la jeune possédée s'agitait et semblait en proie à une vive souffrance.

Le démon confessa enfin qu'il était forcé d'obéir.

— Je ne puis rien aujourd'hui, dit-il au prêtre; mais je vois naître en ton cœur un sentiment qui me doimera prise sur toi plus tard.

Ce sentiment était celui de l'orgueil qu'éveillait