Page:Fonson, Wicheler - Le Mariage de mademoiselle Beulemans, 1910.djvu/84

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



ALBERT

Je tire le signal d’alarme et je vole à votre secours.


SUZANNE

Et vous me mettez à votre boutonnière, et, après vous, me placez dans un herbier, pour sécher avec tous vos souvenirs. Non, croyez-moi : M. Séraphin est bien le mari que je dois avoir. Il est simple, il est bon. Il parle le même langage que moi.

(Mouvement d’Albert…)

Mais oui… Je suis une âme fine !… je suis une petite fleur !… Non… C’est vous qui me voyez comme cela… parce que vous me chargez de beaucoup de jolies choses que vous avez dans votre imagination et que vous dites si bien… Mais je n’ai pas tous ces ornements botaniques… je ne suis pas une fleur… je ne suis pas une fée, je suis une petite fille d’ici… Je suis Mlle Beulemans et je dois marier monsieur Séraphin Meulemeester, parce que c’est tout naturel : Mme Séraphin Meulemeester, née Beulemans ! Voilà ma carte de visite… Ce n’est pas un bristol de luxe, mais c’est de la bonne typographie sur du bon carton… Et puis, monsieur Séraphin, c’est aussi le choix de mes parents… Je ne puis pas dire que j’ai pour M. Séraphin un amour véritable, mais il ne me déplaît pas… j’aurai la tranquillité avec lui. C’est peut-être encore plus certain que le rêve où m’emporterait une passion comme on en voit dans les romans et qui me ferait tomber de trop haut. Monsieur Albert, ne me faites plus penser à un bonheur pareil… je ne le mérite pas plus que les autres… Et les autres en ont-ils du bonheur ?


ALBERT

Oui, il y a des gens heureux, ou du moins, il y en a qui ont le courage de tendre vers un bonheur meilleur.