Page:Fonson, Wicheler - Le Mariage de mademoiselle Beulemans, 1910.djvu/83

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ces fleurs qui, endormies sous les eaux calmes d’un lac, s’épanouissent dès qu’elles arrivent à la surface et qu’un rayon de soleil les réchauffe. Vous êtes cette jolie fleur rare qui s’éloigne des hommes afin que le plus fort seulement et le plus audacieux puisse aller la cueillir. Eh bien, au lieu que ce soit celui-là qui vous atteigne, c’est un passant de hasard, fruste, et inhabile, qui a été conduit le premier auprès de vous et qui, stupidement, sans qu’il lui soit possible de percevoir ce parfum trop subtil qui s’exhale de vous, vous prend et vous emporte. Croyez-moi, Mademoiselle, celui-là, au premier contact, vous froissera et les pétales de la jolie fleur des eaux se refermeront sur votre petite âme claustrée à jamais.


SUZANNE

Peut-être.


ALBERT

Certainement… Ce qu’il vous faut à vous, c’est un homme qui vous comprenne ; qui, au contraire, réveille ce qu’il y a en vous de si subtil et de si charmant ; ce qu’il vous faut, c’est un mari qui vous révèle à vous-même, qui, dans votre propre cœur, vous mène de découverte en découverte… Car vous ne vous connaissez pas plus qu’il ne vous connaîtra jamais, votre Séraphin ! Avez-vous vu parfois ces bestiaux dolents qui, dans l’attente d’un train qui passe, broutent l’herbe d’un pré ? Croyez-vous qu’ils épargnent les campanules tremblantes ? Non, ils arrachent brutalement ces vies fragiles qui grincent sous leurs dents. C’est ainsi que M. Séraphin vous prendra.


SUZANNE

Et sans doute, pendant ce temps, c’est vous qui êtes dans le train qui passe, vous regardez le repas des animaux, et vous regrettez que la campanule ne soit pas pour vous.