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ŒUVRES DE FONTANES.

LA CHARTREUSE DE PARIS[1].


 Vieux cloître où de Bruno les disciples cachés
Renferment tous leurs vœux sur le ciel attachés ;
Cloître saint, ouvre-moi tes modestes portiques !
Laisse-moi m’égarer dans ces jardins rustiques
Où venait Catinat méditer quelquefois,
Heureux de fuir la Cour, et d’oublier les Rois.

 J’ai trop connu Paris : mes légères pensées,
Dans son enceinte immense au hasard dispersées,
Veulent en vain rejoindre et lier tous les jours
Leur fil demi-formé, qui se brise toujours.
Seul, je viens recueillir mes vagues rêveries.
Fuyez, bruyants remparts, pompeuses Tuileries,
Louvre, dont le portique, à mes yeux éblouis,

  1. Cette pièce parut pour la première fois en 1783 ; l’auteur l’a souvent retouchée depuis. Nous donnons ici la version qui a été adoptée et consacrée dans le Génie du Christianisme, nous réservant de rejeter à la fin du volume une autre rédaction dernière de l’auteur. Millevoye a plusieurs fois retouche et, on pourrait dire, dérangé sa Chute des Feuilles. Sans oser affirmer la même chose des retouches de la Chartreuse, nous avouerons qu’il y a quelque inconvénient à ce procédé des remaniements sans fin, qui vont troubler dans la mémoire du lecteur une première impression heureuse, une impression qui veut être définitive. Au reste, si les poètes de l’école précédente faisaient parfois abus de corrections et de variantes devant le public, les poètes qui ont suivi sont bien tombés dans l’excès contraire, et il ne leur arrive guère, en composant, de se proposer corrections ou variantes, même pour eux seuls.