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LA CHARTREUSE DE PARIS.

Vante, après cent hivers, la grandeur de Louis !
Je préfère ces lieux où l’âme moins distraite,
Même au sein de Paris, peut goûter la retraite :
La retraite me plait, elle eut mes premiers vers.

 Déjà, de feux moins vifs éclairant l’univers,
Septembre loin de nous s’enfuit, et décolore
Cet éclat dont l’année un moment brille encore.
Il redouble la paix qui m’attache en ces lieux ;
Son jour mélancolique, et si doux à nos yeux,
Son vert plus rembruni, son grave caractère,
Semblent se conformer au deuil du monastère.
Sous ces bois jaunissants j’aime à m’ensevelir ;
Couché sur un gazon qui commence à pâlir,
Je jouis d’un air pur, de l’ombre et du silence.


 Ces chars tumultueux où s’assied l’opulence,
Tous ces travaux, ce peuple à grands flots agité,
Ces sons confus qu’élève une vaste cité,
Des enfants de Bruno ne troublent point l’asile :
Le bruit les environne, et leur âme est tranquille.
Tous les jours, reproduit sous des traits inconstants
Le fantôme du siècle, emporté par le temps,
Passe, et roule autour d’eux ses pompes mensongères ;
Mais c’est en vain : du siècle ils ont fui les chimères ;
Hormis l’éternité, tout est songe pour eux.
Vous déplorez pourtant leur destin malheureux !
Quel préjugé funeste, à des lois si rigides
Attacha, dites-vous, ces pieux suicides ?
Ils meurent longuement, rongés d’un noir chagrin ;