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M. DE FONTANES

Stances à une jeune Anglaise, l’ode à une Jeune Beauté, ou celle au Buste de Venus ! En un mot, le flacon scellé qui contient la goutte d’essence ; voilà ce qui surnage, c’est assez. Les métaphysiciens échoués n’ont pas de ces débris-là.

Dans les premiers temps de son séjour à Paris, Fontanes travailla beaucoup, et il conçut, ébaucha, ou même exécuta dès lors presque tous les ouvrages poétiques qu’il n’a publiés que plus tard et successivement. Un vers de la première Forêt de Navarre nous apprend qu’il avait déjà traduit à ce moment (1779) l’Essai sur l’Homme, de Pope, qui ne parut qu’en 1783. Une élégie de Flins, dédiée à Fontanes[1], nous le montre, en 1782, comme ayant terminé déjà son poëme de l’Astronomie, qui ne fut publié qu’en 1788 ou 89, et comme poursuivant un poème en six chants sur la Nature, qui ne devait point s’achever. La Chartreuse paraissait en 1783, et on citait presque dans le même temps le Jour des morts, encore inédit, d’après les lectures qu’en faisait le poëte. Ainsi, en ces courtes années, les œuvres se pressent. Tous les témoignages d’alors, les articles du Mercure, une Épître de Parny à Fontanes[2], nous montrent celui-ci dans la situation à part que lui avaient faite ses débuts, c’est-à-dire comme cultivant la grande poésie et aspirants la gloire sévère. Mais bientôt la vie de Paris et du xviiie siècle, la vie de monde et de plaisir le prit et insensiblement le dissipa. Il voyait beaucoup les gens de lettres à la mode, Barthe, Rivarol ; il dinait chaque semaine chez le chevalier de Langeac, son ami (encore aujourd’hui vivant), qui les réunissait. Et qui ne voyait-il pas, qui n’a-t-il pas connu au temps de cette jeunesse liante, de d’Alembert à Linguet, de Berquin à Mercier, de Florian à Rétif ; tous les étages de la littérature et de la vie ? Par moments, soit inquiétude d’âme rêveuse et reprise de poésie, soit blessure de cœur, soit nécessité plus vulgaire, et, comme dit André Chénier,

  1. Almanach des Muses.
  2. Almanach des Muses, 1782.