Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/102

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Courapied se tira un peu à l’écart, prit position sur le talus intérieur du bastion le plus rapproché et appela à lui ses deux compagnons.

— Mademoiselle, dit-il, quand le petit groupe fut formé, voici le moment de prendre un parti. Au delà de cette porte, nous allons nous trouver dans un des plus mauvais endroits de la banlieue. Et c’est là que Vigoureux nous mène, il n’y a plus moyen d’en douter. Eh bien ! on risque sa peau à se promener, à l’heure qu’il est, sur la route de la Révolte.

— Pourquoi ?… demanda Camille. Parce qu’elle est déserte ?

— Au contraire, mademoiselle. Parce qu’elle passe entre des rues trop peuplées. Des deux côtés, il n’y a que des garnis où tous les chenapans de Paris viennent coucher. Si Zig-Zag s’est terré là, ce n’est pas la peine de l’y chercher. Nous ne l’y trouverions pas, et nous n’en sortirions pas vivants.

— Allons toujours, jusqu’à ce que le chien s’arrête devant une maison. Et, après, nous verrons.

— Et s’il nous conduit dans une cité ?

— Une cité ? répéta mademoiselle Monistrol, qui n’avait aucune idée de la manière de vivre de ces gens-là.

— Une cité, mademoiselle, c’est comme un campement de sauvages. Des baraques plantées dans la boue et séparées par des fondrières où on enfonce jusqu’au genou. On y marche sur les charognes et il y a de quoi être asphyxié. La police n’ose pas y mettre le nez… à moins qu’il ne s’y commette un crime et ça n’est pas rare.

— Zig-Zag, qui veut, dites-vous, changer d’existence, n’a certainement pas pris gîte dans un de ces taudis.

— Oh ! pas pour longtemps, mais on prend ce qu’on