Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/101

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Camille et Georget suivaient d’un peu plus près qu’auparavant. En campagne, au moment de traverser un défilé périlleux, les soldats éprouvent le besoin de se sentir les coudes.

On rencontrait de temps à autre des figures peu rassurantes, et on passait devant des cabarets borgnes d’où sortaient des vociférations d’ivrognes. Mais Camille n’y prenait pas garde.

Elle ne pensait qu’au meurtrier de son père et il lui tardait d’arriver au repaire où il se cachait. Elle ne réfléchissait pas qu’il lui serait probablement impossible d’y pénétrer, que, la nuit, elle aurait beaucoup de peine à reconnaître Zig-Zag, alors même qu’elle le verrait, et plus de peine encore à examiner ses mains. Elle allait, poussée par un violent désir de vengeance, et fermement convaincue qu’au moment décisif, Dieu lui suggérerait un moyen d’en venir à ses fins.

Courapied, qui dirigeait la marche, passa devant la station du chemin de fer de ceinture et arriva au chemin de ronde qui longe les fortifications et qu’on a décoré de noms de maréchaux du premier empire. À gauche, le boulevard Berthier ; à droite, le boulevard Bessières. En face la porte de Clichy et une caserne de l’octroi.

Avant d’aller plus loin, le mari d’Amanda jugea qu’il était opportun de tenir conseil.

Le lieu s’y prêtait, car on ne voyait personne ; des conspirateurs auraient pu s’y réunir et y jurer la mort des tyrans en pleine sécurité, comme les trois Suisses de l’opéra de Guillaume Tell, dans la prairie du Grütli.

Il ne s’agissait pas de prêter serment, mais de se concerter sur les opérations qui allaient enfin commencer sérieusement.