Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/120

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Au moment où elle se décidait à fuir, elle entendit deux voix qui parlaient dans l’intérieur de la maison, la voix d’Amanda, qu’elle reconnut très bien, et une autre voix plus grave. Camille ne distinguait pas les paroles, mais le diapason de cette conversation s’élevait progressivement, comme il arrive lorsque les interlocuteurs se querellent. Évidemment, Amanda discutait avec un homme qui ne pouvait être que son complice et mademoiselle Monistrol devina quel était le sujet de la dispute.

Sans doute, l’un des scélérats voulait la tuer sur place et l’autre était d’avis de la laisser fuir.

La jeune fille n’attendit pas la fin de ce colloque. Elle prit sa course, en évitant de passer sous la fenêtre ouverte et quand elle fut arrivée au tas de pierres qui l’avait abritée un instant avec ses infortunés compagnons, elle se retourna pour s’assurer qu’on ne la poursuivait pas.

Elle ne vit personne, mais la nuit était si noire que la vue ne portait pas très loin. En revanche, elle entendit très distinctement aboyer le chien. Ses maîtres l’avaient démuselé et il exprimait sa joie. Les aboiements partaient de la maison. Restait à savoir s’ils n’allaient pas se rapprocher et Camille, médiocrement rassurée, se remit à courir à toutes jambes vers la route de la Révolte.

Il lui semblait qu’elle y serait plus en sûreté que dans cette plaine déserte ; et puis, elle se figurait que cette route, si mal famée qu’elle fût, devait aboutir à une des portes de Paris.

Son costume d’homme ne la gênait pas et elle avait de bonnes jambes. En moins de cinq minutes, elle se retrouva sur le macadam. Là, elle s’arrêta pour souffler et