Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/13

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


pas songé un seul instant qu’elle aurait mieux fait de lui donner des soins que de sauver sa petite fortune. Elle se figurait même qu’il était déjà sur pied et qu’il allait la rejoindre pour l’aider à arrêter l’homme aux doigts crochus qu’elle ne perdait pas de vue, quoiqu’il courût plus vite qu’elle.

La pluie avait cessé. Ce n’était qu’une pluie d’orage, et les flâneurs de la foire, qui s’étaient mis à l’abri pendant l’averse, remplissaient de nouveau la place du Trône. Les parades recommençaient, les trombones tonnaient de plus belle ; c’était de tous les côtés un tapage infernal, qui aurait couvert sa voix si elle eût crié : « Au voleur ! »

L’homme filait toujours, et chaque fois qu’il passait devant un bec de gaz, elle le voyait distinctement. C’était un grand gaillard bien découplé, autant qu’elle pouvait en juger, car il était enveloppé de la tête aux pieds dans un pardessus de caoutchouc jaunâtre.

Elle comprenait, maintenant, comment il avait pu se dérober, lorsqu’elle l’avait saisi, mais elle ne comprenait pas encore pourquoi elle s’était écorché les doigts en s’accrochant à lui.

Du reste, ce n’était pas le moment de chercher des explications rétrospectives. L’homme venait de déboucher sur la place et, au lieu de se diriger vers le centre du rond-point, afin de se perdre dans la foule, il avait tourné à gauche, derrière une grande baraque en planches. Camille, qui avait gagné du terrain, le suivait maintenant de très près. Elle se jeta bravement dans ce coin sombre et désert, sans se demander si le voleur ne l’attendait pas là pour tomber sur elle et lui tordre le cou. C’était d’autant plus à redouter qu’il venait de s’arrêter, et qu’il se tenait collé contre les planches de la baraque, comme