Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/12

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


— À moi, père ! cria-t-elle. Il ne nous échappera pas.

Et elle courut après le bandit qui était déjà dans l’escalier.

Il enfila la porte qui donnait sur l’enclos et qu’il avait laissée ouverte, traversa rapidement le terrain qui s’étendait entre la maison et la palissade, franchit d’un saut cette clôture basse et se lança sur le boulevard Voltaire, dans la direction de la place du Trône.

C’était précisément ce que souhaitait Camille. Elle se disait qu’elle trouverait des sergents de ville au rond-point où se tenait la foire et qu’ils arrêteraient cet audacieux gredin.

Il s’agissait seulement de ne pas se laisser distancer. Or, elle avait de bonnes jambes et pas de sots préjugés. Peu lui importait de courir les rues en cheveux, en peignoir, en pantoufles, et de se montrer, dans cet équipage, aux badauds attroupés devant les baraques des saltimbanques et devant les boutiques où l’on vend du pain d’épices.

Monistrol, au lieu de l’élever comme une belle demoiselle, lui avait appris de bonne heure à se servir elle-même. Elle faisait le ménage et la cuisine, ni plus ni moins qu’une simple ouvrière ; elle allait aux provisions chez les fournisseurs et elle n’avait peur de rien, pas même des galants de rencontre qui l’obsédaient quelquefois de leurs sots propos.

Et, si elle tenait tant à rattraper le voleur, ce n’était pas que la perte des vingt mille francs la touchât beaucoup, mais son père avait besoin de cet argent pour perfectionner l’invention sur laquelle il fondait toutes ses espérances. Elle comptait bien le lui rapporter et elle n’avait