Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/145

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En même temps, Olga jetait sa serviette sur la table et faisait mine de se lever.

— Quelle mouche vous pique ? demanda Fresnay. Vous n’avez pas encore entamé la salade russe, et le garçon va apporter les petits pots de fraises.

— Ça m’est égal. On m’attend.

— Nous avons donc un amoureux ?

— Si j’avais un amoureux, il m’aurait payé à souper, et c’est vous qui allez régler mon addition.

— Espérez-vous me faire croire que vous allez donner une consultation… à quatre heures du matin ?…

— Croyez ce que vous voudrez. Je m’en vais.

— Où ?

— Au chemin de fer de l’Est, si vous tenez à le savoir.

— C’est bien ce que je disais. Vous allez recevoir votre amant, qui arrive par le train-poste.

— Non, encore une fois. Je n’ai pas d’amant, mais il faut que je parte. J’emporte votre carte de visite, mais si vous voulez que je vous écrive, laissez-moi filer.

— Permettez-moi au moins de vous accompagner en voiture jusqu’à la gare.

— Jamais de la vie ! Il y a des fiacres à la porte du restaurant et je n’ai pas peur de voyager seule. Achevez tranquillement votre souper, mon cher… et comptez que vous aurez bientôt de mes nouvelles, … si vous êtes gentil.

Olga était déjà debout, et Alfred eut beau faire, il fallut en passer par ses volontés. Elle le gratifia d’une poignée demain énergique et elle s’en alla d’un pas délibéré, sans s’inquiéter des autres soupeuses qui ricanaient méchamment. Elle sut leur faire baisser les yeux, rien qu’en les regardant et elle sortit fièrement comme une reine de tragédie.