Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/144

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suis contente de vous avoir rencontré. En arrivant, je m’attendais à être embêtée par des imbéciles… ou par les grues qui viennent chercher leur nourriture ici ; et je suis tombée sur un bon garçon.

— Alors, je vous reverrai ?

— Oui… seulement j’espère bien que vous ne direz à personne que vous m’avez offert à souper, cette nuit. Ça me ferait du tort dans mon commerce.

— À qui, diable ! voulez-vous que je le dise ?

— Mais à la dame que vous comptez me présenter pour que je lui tire les cartes. Si elle savait que j’ai soupe au café Américain, elle ne prendrait pas mes prédictions au sérieux.

— Soyez tranquille. Je serai muet comme la tombe. Maintenant, contez-moi donc un peu votre histoire. Vous n’avez pas toujours été somnambule ?

— Non. J’ai fortement couru le monde.

— Mais vous avez déjà travaillé à Paris ?

— Comme ailleurs. Malheureusement, je n’ai pas encore fait fortune. Pierre qui roule n’amasse pas de mousse.

— Ça viendra. Je vous aiderai. En attendant, puisque vous n’aimez pas le vin de Champagne, que diriez-vous d’une seconde bouteille de Musigny ? La première est à sec.

— Vous voulez me griser ? N’essayez pas. Le souper vous coûterait trop cher. Dites moi plutôt l’heure qu’il est.

— Quatre heures bientôt, répondit Fresnay, après avoir consulté sa montre.

— Quatre heures ! s’écria la sorcière ; sapristi ! je n’arriverai jamais à temps.