Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/159

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événements de la nuit. Encore moins pouvait-elle confier à Brigitte qu’un homme occupait maintenant sa pensée, qu’elle n’espérait plus qu’en lui et qu’elle l’attendait avec impatience.

Camille en était là. Il lui tardait de revoir le courageux défenseur qui, au péril de sa vie, l’avait arrachée des mains de deux abominables bandits. Elle lui devait plus que la vie ; elle lui devait d’avoir échappé au sort infâme que ces misérables lui réservaient. Et elle avait à peine eu le temps de lui exprimer sa reconnaissance. Il s’était dérobé à ses remerciements avec une modestie qui ajoutait encore au prix du service rendu.

Il avait promis de venir au boulevard Voltaire prendre des nouvelles de sa protégée. Mais tiendrait-il sa promesse ? Camille en doutait presque. Elle se disait qu’un homme du monde se fait un devoir de secourir une jeune fille attaquée par des scélérats, dans une plaine déserte, mais qu’il ne se croit pas tenu pour cela de rester en relations avec cette jeune fille rencontrée par hasard. Et ce sauveur était évidemment un homme du monde, du meilleur monde même. Le nom qu’il portait, sa tournure, sa figure, ses façons distinguées indiquaient assez qu’il appartenait à l’aristocratie de naissance.

Pourquoi aurait-il donné suite à une aventure bizarre, qui sortait évidemment de son genre de vie habituel ? Le peu que Camille lui avait dit de sa situation personnelle et de son expédition à la recherche d’un assassin n’était pas fait pour engager un élégant gentleman à lui continuer sa protection, et encore moins à la seconder dans son entreprise. Ils sont rares, les gens disposés à se faire agents de police pour obliger une femme.

Et cependant, mademoiselle Monistrol ne pouvait avoir