Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/18

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Le pitre qu’elle avait vu parader sur l’estrade entra en scène, s’avança en saluant gauchement, ouvrit une bouche fendue jusqu’aux oreilles et commença ainsi :

— Mesdames et messieurs, nous allons continuer les exercices par « tête en avant », un nouveau tour de M. Zig-Zag, premier sauteur des deux mondes. Ce grand artiste, retardé par une affaire importante, va paraître enfin…

— Quelle affaire ? crièrent des voix.

— Il est allé boire un litre, répondit le jocrisse avec un sérieux parfait.

Et il s’éclipsa, poursuivi par les huées des spectateurs.

— Ce Zig-Zag n’est pas l’homme que je cherche, pensa Camille. Mon voleur n’aurait pas eu le temps de s’habiller en clown. N’importe ! je veux le voir.

Presque aussitôt, lancé de la coulisse comme un boulet de canon, Zig-Zag traversa la scène, en tournant sur lui-même avec une rapidité vertigineuse. Ce tourbillon scintillait comme un miroir à prendre les alouettes.

— C’est lui ! murmura la jeune fille ; ce sont les paillettes de son costume qui brillaient dans l’ombre et qui m’ont écorché les doigts quand j’ai essayé de le saisir.

Camille avait encore sous les ongles de petits fragments de paillon. Elle ne douta plus.

Elle attendit pourtant. Elle voulait voir les mains, sûre qu’elle était de reconnaître le voleur à la longueur démesurée et à la forme particulière de son pouce.

Et en se demandant encore une fois comment ce coquin s’y était pris pour être si vite prêt, elle se souvint qu’au moment où elle le poursuivait, il portait un pardessus en caoutchouc. Il n’avait eu qu’à l’ôter pour entrer en scène dans le costume de son rôle.