Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/19

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Il ne restait plus à Camille qu’à crier, dès qu’il cesserait de tourner : « C’est lui qui a volé mon père ! » Elle était résolue à affronter le scandale et le danger du tumulte que ne manquerait pas de provoquer cette interpellation inattendue.

Zig-Zag s’arrêta enfin et vint se planter juste en face d’elle, tout près des quinquets qui tenaient lieu de rampe à ce théâtre de la Foire.

Camille vit alors que Zig-Zag était masqué comme l’Arlequin de l’ancienne comédie italienne. Un loup de soie noire collé sur le haut de son visage ne laissait à découvert que sa bouche souriante, ses dents blanches, son menton rasé de frais, son cou bien attaché et un bout de maillot rose, tout parsemé de clinquant argenté.

Les yeux brillaient à travers les trous du masque et Camille crut remarquer qu’ils se fixaient sur elle.

Mais ce n’était pas la figure du clown qui l’intéressait. Elle cherchait ses mains, et elle s’aperçut avec stupéfaction que l’illustre sauteur était emprisonné, depuis les pieds jusqu’aux épaules, dans un sac de toile pailleté comme le maillot. Il y avait fourré ses bras, qui se trouvaient collés à son corps.

Invisibles, ses mains ; invisibles, aussi ses chaussures, qui devaient porter les marques laissées par une course sur le macadam boueux du boulevard Voltaire.

Avait-il imaginé de s’envelopper ainsi pour dérouter la jeune fille qui venait de lui donner la chasse ? Elle reconnut bientôt que le désir d’échapper à une reconnaissance n’y était pour rien.

Cet accoutrement était indispensable à Zig-Zag pour exécuter son fameux tour qui consistait à bondir, avec un élan prodigieux, à tomber perpendiculairement sur le