Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/191

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L’hôtel où Fresnay l’a logée avec madame de Lugos ne ressemble guère à la maisonnette où, à l’autre bout de Paris, mademoiselle Monistrol passe de tristes heures dans une solitude à peine interrompue par les visites de ses deux amoureux, car elle n’a aucune nouvelle de Courapied ni de Georget, et elle commence à croire, comme M. de Menestreau, qu’ils sont allés rejoindre Zig-Zag.

L’oncle d’Alfred avait été, en son temps, un viveur effréné ; c’est dans le sang des Fresnay, et le neveu ne faisait que suivre les traditions de sa famille. Cet oncle qui possédait soixante bonnes mille livres de rentes et qui avait écorné son capital avec des horizontales de son temps, s’était avisé, sur le tard, de se ranger, ou du moins de régulariser ses fredaines, en faisant bâtir une petite maison pour y loger ses dernières amours. Le vieux coureur, emporté par une attaque de goutte remontée, n’avait pas eu le temps de réaliser ce louable projet. Mais il était écrit que l’hôtel ne changerait pas de destination, et madame de Lugos méritait bien de l’occuper.

Situé à l’angle aigu que forme la rue Mozart avec la rue de la Cure, ce logis faisait honneur à l’architecte qui avait su tirer le meilleur parti possible d’un terrain très restreint. Un pignon, du style gothique belge, avec une terrasse en guise de jardin, s’avançait comme un cap vers les hauteurs de Passy, et les passants pouvaient croire que la façade presque monumentale cachait de vastes appartements, tandis qu’il n’y avait guère à chaque étage que trois pièces assez exiguës : un salon et une salle à manger au premier ; la chambre à coucher et le cabinet de toilette de madame, au second ; et, sous les combles, le logement de la femme de chambre, en attendant la cuisinière et le domestique mâle que Fresnay avait promis.