Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/195

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— Je m’en fiche du roi de trèfle.

— Moi pas. Le trèfle, c’est de l’argent. Et puis, voilà une dame de carreau qui me gêne… c’est de la brouille à propos d’une femme…

— Celle qui se mêlera de mes affaires passera un mauvais quart d’heure, répliqua la comtesse, du haut de son perchoir volant ; mais je ne crains personne.

— Allons, bon ! le neuf de pique, à présent ! La plus mauvaise carte du jeu !… la manque !… tout ça finira mal.

— Assez ! tu m’ennuies avec tes prédictions. Va-t’en là-haut préparer ma douche. Il est temps que je me mette à ma toilette. Le baron va arriver.

— Et il ne faut pas qu’il se trouve bec à bec avec le valet de cœur.

— Bon ! se dit Fresnay, il parait que c’est moi qui suis le roi de trèfle.

— Va donc ! reprit la comtesse. Je monterai dans cinq minutes. Et tu redescendras pour enlever le chevalet, le trapèze et les cordes. Si le baron voyait tout ça, il en resterait bleu, et il serait capable de me lâcher, quand j’ai encore besoin de lui.

Olga plia bagage, se leva et se dirigea vers l’escalier, pendant que sa noble maîtresse exécutait sur la barre fixe ce que les gymnastes appellent un rétablissement.

Fresnay eut la présence d’esprit de se cacher sous les plis du rideau, juste au moment où la soubrette l’écartait pour sortir, et il opéra avec tant de précision, qu’elle passa sans le voir.

Un amant plus épris aurait profité de l’occasion pour la suivre de loin, afin de s’assurer que le valet de cœur n’était pas dans la chambre à coucher ou dans le cabinet