Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/199

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— Ils ne sont à plaindre ni l’un ni l’autre. La petite aura des millions qui ne lui coûteront rien, et si elle ne correspond pas à la flamme de Julien Gémozac, il a de quoi se consoler, car il sera encore plus riche qu’elle. Vous allez me dire que l’argent ne fait pas le bonheur. Moi, je vous répondrai qu’il y contribue diablement, et vous conviendrez que j’ai raison.

— Alors, mademoiselle Monistrol n’aime pas ce jeune homme ?

— Il paraît que non.

— Il est pourtant fort bien de sa personne.

— Oui, mais l’amour, c’est comme la foi, ça vient ou ça ne vient pas. Le soir où je t’ai rencontrée, ça m’est venu tout de suite.

— Ne dites donc pas de bêtises. Vous avez eu un caprice pour moi, mais de l’amour, allons donc ! Vous n’êtes même pas jaloux.

— Comme un tigre !

— Si vous l’étiez, vous ne blagueriez pas tant… et vous auriez commencé par monter pour voir s’il n’y avait pas quelqu’un là-haut, dit madame de Lugos en regardant à la dérobée par la fenêtre qui donnait sur la rue Mozart.

— C’est que je crois à ta vertu, ô Stépana ! Vas-tu pas me reprocher d’avoir confiance en toi ?

— Avec vous, il n’y a pas moyen de parler sérieusement. J’y renonce et je vais m’habiller pour sortir avec vous.

— Le fait est que, dans ce costume, tu es à croquer. Mais il serait peut-être insuffisant pour aller dîner à Madrid ou au Pavillon d’Armenonville. C’est dommage ? Tu aurais un succès !… Ce n’est pas la petite bourgeoise du boulevard Voltaire qui pourrait s’exhiber en maillot.