Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/225

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— Quelqu’un ?… oui, Zig-Zag, pour voir si nous sommes morts.

— Non, père, pas Zig-Zag, mais les gens qui ont déposé ici des marchandises. Il faut donc vivre jusqu’à ce qu’ils viennent, et garder de la lumière pour qu’ils nous voient quand ils viendront.

— C’est vrai, pourtant, murmura Courapied. Tu as raison, petit. Mais, puisque nous sommes éclairés pour le moment, profitons-en, et installons-nous le mieux que nous pourrons.

— Bien dit, père. Je vais commencer par faire nos lits. Nous ne coucherons plus sur la dure.

— Faire nos lits ! Et avec quoi ?

— Avec des jambons, pardine ! tu vas voir ça.

Et Georget, découronnant le tas de salaisons américaines, se mit à étaler méthodiquement sur le sol les jambons plats, de manière à former deux couchettes, une grande et une petite. Il les arrangea si bien les uns contre les autres qu’ils faisaient corps ensemble, et à la tête de chacun de ces lits improvisés, il en empila quelques-uns qui devaient tenir lieu d’oreillers.

— Les matelas sont un peu minces, dit-il en riant, mais ça vaudra toujours mieux pour nous reposer que la terre nue. Il n’y manque rien que des couvertures, mais il ne fait pas froid.

— Ah ! tu en as de l’invention, toi ! s’écria Courapied, tout émerveillé de l’esprit ingénieux de son fils.

— Et j’ai eu soin de choisir une place où nous serons à portée de notre garde-manger. Nous n’aurons que le bras à allonger pour attraper un morceau de lard et pour tourner le robinet d’un tonneau.

— Et du pain ?