Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/258

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séance tenante. Malheureusement, dans ce pays-ci, il n’en va pas de même… et avant qu’un prêtre et un maire consentent à nous unir, mes ennemis auront tout le temps de me noircir à vos yeux.

— Ils n’y parviendront pas, mais pour vous rassurer, je suis prête à aller me marier en Angleterre.

— Vous feriez cela !… vous braveriez les préjugés, la médisance !… Vous ne craindriez pas de vous brouiller irrévocablement avec les Gémozac !… alors que le père a votre fortune entre ses mains !…

— Ma fortune, j’y renoncerais volontiers pour assurer le bonheur de toute ma vie, mais rien ne peut me l’enlever. J’ai trouvé dans les papiers de mon père l’acte de Société signé par M. Gémozac.

— Dieu soit loué ! J’avais peur que vous n’eussiez commis l’imprudence de vous en dessaisir.

— D’ailleurs, M. Gémozac est incapable de nier, et, quoi qu’il advienne de mes relations avec lui et les siens, je n’ai pas la moindre inquiétude, car je suis certaine qu’il ne me fera jamais tort d’un centime.

J’avoue qu’il m’en coûtera d’être jugée défavorablement par le bienfaiteur de mon père, mais je lui expliquerai ma conduite et je n’aurai pas de peine à la justifier.

— Et vous consentiriez à partir avec moi ?… ce soir ?

— Non, mon ami. Si indépendante que je sois, je ne pousserai pas si loin le mépris de l’opinion des sots. On ne manquerait pas de dire que vous m’avez enlevée, et je ne veux pas qu’on le dise.

J’irai vous rejoindre à Londres, Brigitte sera du voyage, et quand nous reviendrons en France, je serai votre femme légitime. Nul n’aura le droit d’y trouver à redire.