Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/287

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Parle, voyons ! je vais te mettre sur la voie. La nuit où je t’ai rencontrée au café Américain, tu m’as quitté pour aller, prétendais-tu, attendre quelqu’un au chemin de fer de l’Est. Tu mentais, hein ?

— Non, sur tout ce qu’il y a de plus sacré. Madame est arrivée en effet, à cinq heures du matin, par le train-poste.

— C’est-à-dire qu’elle a fait semblant d’arriver. Je l’avais rencontrée la veille au concert des Ambassadeurs.

— J’ai bien vu que vous la connaissiez déjà puisque vous êtes venu la voir au Grand-Hôtel, Et même ça m’a étonnée qu’elle vous ait donné rendez-vous là, car elle aurait bien dû penser que les gens de l’hôtel vous diraient qu’elle était débarquée le matin.

— On ne pense pas à tout. D’où venait-elle ?

— De Paris, tout bonnement. L’amant m’avait proposé de servir de femme de chambre à sa maîtresse… et il m’assurait de beaux avantages, à condition que je les aiderais à jouer leurs rôles. Ils ne pouvaient guère s’adresser qu’à moi.

— Parce qu’ils te connaissaient depuis longtemps ?

— Oui, nous nous étions rencontrés souvent, quand j’étais somnambule… le métier n’allait plus guère… et ma foi ! j’ai accepté.

— Tu as bien fait, parbleu !

— Mais il était convenu qu’ils ne me fourreraient pas dans de vilaines affaires.

— Je comprends tes scrupules, dit ironiquement Alfred, tu as cru qu’il s’agissait seulement de mettre dedans quelques niais de mon espèce, et il ne parait pas que, jusqu’à présent, ils aient fait autre chose.

Mais comment les avais-tu connus ?… Est-ce qu’ils