Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/286

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— Travailler est joli ! Ça veut dire qu’ils s’entendaient pour exploiter les imbéciles ?

— Je répondrais : oui, si je ne craignais de faire de la peine à monsieur.

— Vas-y, donc ! je me range moi-même dans la catégorie des dupes, et je ne t’en veux pas du tout de m’avoir montré que cet aimable couple se moquait de moi. Je te saurais même un gré infini de me renseigner complètement. Si tu pouvais me dire leur véritable histoire et leurs véritables noms… ma foi ! je ne sais pas jusqu’où irait ma reconnaissance. Je serais capable de t’installer dans les meubles de Stépana.

— Monsieur plaisante, murmura la tireuse de cartes, en rougissant de plaisir.

— Non, c’est très sérieux, parole d’honneur ! Je commence à croire que ces gens-là ont des crimes sur la conscience. Leur union faisait leur force et maintenant qu’ils sont désunis, un de ces jours, ils se dénonceront réciproquement. Tu comprends que je ne veux pas être mêlé, même indirectement, à une affaire de cour d’assises.

— Oh ! ça n’irait pas jusque-là.

— Bon ! tu vois bien que tu en sais plus long que tu ne m’en as dit. Allons, ma fille, ne t’arrête pas en si beau chemin. Je te jure que tu ne te repentiras pas d’avoir été jusqu’au bout. Je ferai ta fortune.

— Si j’étais sûre que monsieur ne me dénoncera pas à madame, je lui dirais bien tout ce que je sais.

— Comment pourrais-je te dénoncer ? Je mettrai cette farceuse à la porte, sans lui demander d’explications et sans lui en donner. Elle était à mes gages. J’ai bien le droit de la renvoyer, sans lui accorder ses huit jours.