Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/300

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accuser ce gamin d’avoir mis le feu aux tonneaux d’eau-de-vie pour se débarrasser de son père.

Il insista davantage pour savoir quelle profession exerçait le défunt, et Georget ne lui fournit que des réponses assez vagues.

L’enfant s’était juré de ne pas mêler mademoiselle Monistrol à cette affaire, et s’il avait dit que son père et lui travaillaient dans les foires, c’en eût été assez, peut-être, pour réveiller le souvenir du crime du boulevard Voltaire, commis, prétendait-elle, par un saltimbanque.

Trop heureux encore si le commissaire ne concluait pas de cet aveu que l’assassin de Monistrol et l’homme brûlé dans le caveau ne faisaient qu’un.

Georget se contenta de dire que son père était pauvre à ce point qu’il n’avait pas de domicile, et que, la plupart du temps, ils allaient par les chemins, cherchant leur pain et le gagnant comme ils pouvaient.

Le vagabondage n’est pas un délit bien grave, et on aurait peut-être relâché immédiatement Georget, sans ce costume de chasseur de restaurant que Courapied avait eu la fâcheuse idée de lui acheter et qu’il portait encore, quoique ledit costume fût en très mauvais état. Sa veste à boutons de métal avait beaucoup souffert du séjour dans le souterrain et surtout de l’ascension par un puits aussi étroit qu’un tuyau de cheminée. Sa casquette y était restée et sa culotte était pleine d’accrocs.

Le commissaire le soupçonnait un peu d’avoir volé à quelque étalage cet habillement complet, et le petit eut beau dire qu’un brocanteur de hardes le lui avait revendu à bas prix, il ne parvint pas à convaincre l’homme qui disposait de son sort.

Il s’ensuivit qu’au lieu de le remettre en liberté, on l’envoya au Dépôt, jusqu’à plus ample informé.