Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/302

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quarante-huit heures d’emprisonnement, qui lui avaient paru bien longues, un des gardiens du Dépôt vint l’appeler dans la salle où il était parqué.

Le cœur de Georget battit bien fort quand ce geôlier subalterne vint le chercher au milieu de cinquante chenapans qui grouillaient dans la salle commune et l’emmena sans lui dire où il allait le conduire.

L’enfant, qui ne connaissait pas les usages du Dépôt, s’imagina d’abord qu’on allait le jeter dans quelque cachot noir et l’y laisser pourrir.

Il n’osait pas interroger le gardien, et il fut agréablement surpris lorsque cet homme ouvrit une porte massive et le poussa dehors en lui disant :

— File, moucheron, et tâche de ne pas te faire repincer.

Georget se trouva dans une cour que dominait la Sainte-Chapelle et qui lui parut d’abord n’avoir pas d’issue, si bien qu’il n’était pas encore très sûr d’être libre. Mais l’instinct le poussa bientôt à s’éloigner de la prison, et, en se dirigeant au hasard, il finit par déboucher sur le quai des Orfèvres.

Cette fois, c’était bien la liberté, le grand air, et il prit un vif plaisir à regarder le ciel qu’il n’apercevait depuis deux jours qu’à travers les barreaux du Dépôt, et qu’il avait complètement perdu de vue pendant toute une semaine, passée au fond du souterrain.

Il se sentait tout étourdi ; il alla s’accouder sur le parapet du quai pour reprendre possession de lui-même, et il ne tarda guère à se demander ce qu’il allait devenir.

Ce n’est pas tout d’être libre, il faut manger, et on l’avait mis dehors avant l’heure où on sert la soupe aux détenus. Naturellement, il ne possédait pas un sou, et il savait bien qu’on ne lui ferait crédit nulle part.