Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/303

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À l’âge qu’il avait, les émotions ne suppriment pas l’appétit et il s’aperçut bientôt qu’il avait faim : presque autant que dans le caveau, le premier jour, avant d’avoir découvert les jambons. Là, du moins, les vivres étaient pour rien, mais dans Paris on est forcé de payer pour être nourri.

Georget connaissait bien un endroit où on s’empresserait de lui servir gratuitement un excellent déjeuner et où on lui donnerait avec joie l’hospitalité de nuit. Il n’avait qu’à se présenter chez mademoiselle Monistrol pour y être reçu à bras ouverts, et c’était certainement ce qu’il avait de mieux à faire ; mais il ne voulait pas qu’on le vit entrer dans la maisonnette du boulevard Voltaire, et il ne voulait pas tomber là au milieu d’étrangers qui s’étonneraient de voir entrer un gamin déguenillé.

Georget avait le courage des lions, mais il avait aussi la prudence des serpents, et il craignait qu’on ne le filât, comme on dit dans la langue des agents de la sûreté.

Il s’était mis en tête qu’on ne le lâchait peut-être que pour savoir où il irait en sortant du Dépôt. Il avait lu des romans de Gaboriau, et il y avait appris que la police use quelquefois de ce procédé, lorsqu’elle ne peut pas parvenir à constater l’identité d’un individu qui refuse de dire son nom et d’indiquer son dernier domicile.

Il oubliait que les romanciers ne se piquent pas de ne jamais s’écarter de la vérité, et il s’exagérait beaucoup sa propre importance.

Il résolut donc de ne pas se rendre directement chez mademoiselle Monistrol, d’y aller par le chemin des écoliers, en flânant le long des rues, et d’examiner les abords de la maison avant de se risquer à y pénétrer.

Après s’être assuré qu’aucune figure suspecte ne se