Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/321

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Fresnay ne se pressa point d’obéir. Il n’avait pas prévu que les choses iraient si vite et si loin, et il commençait à se repentir d’avoir exposé mademoiselle Monistrol à une si terrible scène.

La pauvre enfant était tout près de défaillir et M. de Menestreau osa encore lui adresser la parole :

— Vous comprendrez, mademoiselle, lui dit-il, que je dédaigne de me défendre, car vous savez aussi bien que moi que je ne suis pas Zig-Zag. Vous l’avez vu, ou plutôt vous avez vu ses mains…

— Oui… et je vois les vôtres, balbutia Camille.

— De quoi, ses mains ? répondit la fausse comtesse. Elles sont fines et blanches, mais si vous vous figurez qu’elles n’ont pas pu étrangler votre père, c’est que vous ne connaissez pas Zig-Zag. Il est fort comme quatre hommes. Une fois, il s’est battu avec notre hercule, à la foire de Neuilly, et, avec ces petites mains-là, il lui a tordu les poignets.

— Non !… non !… ce n’est pas la main de l’assassin… elle était énorme… et puis, ce pouce crochu… ces doigts recourbés comme des griffes…

— Les reconnaîtriez-vous, mademoiselle ? demanda Fresnay. Oui ? Eh bien ! je vais vous les montrer.

Et il tira des poches de son pardessus les deux gantelets d’acier qu’il avait pris, rue Mozart, dans la cassette.

Mademoiselle Monistrol recula d’horreur et ferma les yeux pour ne pas voir ces horribles engins qui avaient servi à étrangler son père.

— Voilà donc pourquoi tu y tenais tant, à ta boîte plate, dit Amanda. Ah ! gueux ! je ne savais pas comment tu t’y étais pris. Eh bien ! elles ne t’ont pas porté bonheur, tes mécaniques à ressort. Si tu n’avais pas envoyé Vigoureux