Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/41

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— Il vous faut bien aussi de l’argent pour vivre, répliqua un peu brusquement l’industriel, qui ne comprenait rien aux refus persistants de la jeune fille ; et vous avez chez moi un compte ouvert. M’obligerez-vous à vous faire des offres réelles pour vous forcer à toucher vos revenus ?

— Je vous supplie de les garder et de ne me remettre que ce qui me sera strictement nécessaire… au fur et à mesure de mes besoins.

— Voilà qui est plus raisonnable, dit le père Gémozac, en se frottant les mains. Ainsi, c’est entendu, ma caisse sera à votre disposition et vous y puiserez comme il vous plaira. Je capitaliserai les sommes que vous y laisserez, et dans un an ou deux, mademoiselle, vous serez un parti superbe. En fait de maris, vous n’aurez qu’à choisir.

— Je ne veux pas me marier.

— Pourquoi donc, ma chère enfant ? demanda madame Gémozac.

— Parce que j’ai une mission à remplir.

— Une mission ?

— Oui, je veux venger mon père. Puisque la justice est impuissante, je ferai ce qu’elle ne peut ou ne veut pas faire. Je découvrirai l’assassin, je le traînerai devant elle, et nous verrons alors si elle refusera de m’écouter quand je lui dirai : Le voilà !

— Et vous espérez, à vous seule, retrouver ce scélérat… qui ne vous a même pas montré son visage, m’a dit mon fils.

— Je le retrouverai, j’en suis sûre. Dieu ne permettra pas qu’il m’échappe, comme il a échappé à ceux qui l’ont si mal cherché. Je le poursuivrai, s’il le faut, jusqu’au