Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/42

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bout de la terre. Rien ne me rebutera, et si je meurs à la peine…

— Ne parlez pas de mourir à l’âge où il est si doux de vivre. Laissez le temps calmer votre douleur légitime et oubliez le passé pour songer à l’avenir. Rien n’est éternel en ce monde, ma chère Camille. Un jour viendra où vous serez aimée par un homme digne de vous et où vous l’aimerez. Nous autres, femmes, nous sommes nées pour être épouses et mères. Vous parlez de mission… la nôtre est de faire le bonheur de notre mari et d’élever nos enfants…

— Je le sais, madame ; mais si jamais je me marie, ce sera avec celui qui me livrera le meurtrier de mon père.

— Prenez garde, mademoiselle, dit gaiement M. Gémozac, qui ne jugeait pas sérieuses les résolutions de la jeune fille, si vous persistiez à ne vouloir épouser que l’homme qui arrêtera ce brigand, vous seriez peut-être obligée d’épouser un agent de police.

— Non, répondit Camille d’un ton ferme. Un agent de police ne ferait que son métier en arrêtant un assassin et je n’aurais pas à lui savoir gré de l’avoir fait. Je parle de celui qui, par dévouement, par sympathie pour moi, me seconderait dans ma tâche. À celui-là, s’il atteignait le but, je ne marchanderais pas la récompense.

— Ma foi ! reprit en riant l’industriel, si j’étais plus jeune, j’essaierais de mériter le prix que vous promettez. Et, à cette condition-là, bien des gens s’estimeront trop heureux de vous servir.

Julien ne releva pas ce propos encourageant, mais sa mère lut dans ses yeux qu’il ne lui déplairait pas de se mettre sur les rangs. Et, de fait, sans être déjà amoureux de mademoiselle Monistrol, Julien se disait qu’il serait beau