Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/43

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de conquérir la main de la jeune associée de son père. Ce n’était pas la fortune qui le tentait, car il était assez riche pour deux, mais Camille était charmante et l’imprévu l’attirait. Le désœuvrement commençait à lui peser, et il se sentait tout disposé à se lancer dans des aventures un peu moins banales, des aventures où il y aurait des dangers à courir. L’occasion était bonne pour couper court à une vie de plaisirs qui ne l’amusait plus, parce qu’il en avait abusé. On se lasse de tout, et, comme un officier qui s’ennuie dans une bonne garnison, il brûlait du désir d’entrer en campagne. La question était de savoir si mademoiselle Monistrol l’agréerait pour allié, et, quoique la timidité ne fût pas son défaut, il n’osait pas se proposer, de peur qu’elle ne refusât.

— Ma chère Camille, dit madame Gémozac, j’admire votre énergie, mais je me demande comment vous vous y prendrez pour en venir à vos fins.

— Je n’en sais rien encore. Dieu m’inspirera.

— Mais du moins, vous ne cesserez pas de nous voir.

— Non, madame. Seulement, je vous prierai de me laisser ma liberté tout entière. Il faut que je puisse aller et venir à ma fantaisie. Je serai peut-être obligée de quitter Paris… momentanément.

— Bon ! s’écria Gémozac, l’argent est le nerf de la guerre… et des voyages. Donc, vous allez me faire le plaisir de passer à la caisse aujourd’hui même… ou plutôt, non… ce n’est pas la peine… mon caissier va vous apporter cinq mille francs… Est-ce assez pour commencer ?

— Beaucoup trop, monsieur.

L’industriel saisit un des tubes acoustiques qu’il avait toujours à sa portée, même en déjeunant, il l’appliqua à ses lèvres, puis à son oreille, et dit :