Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/45

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


bien de renoncer à la vie qu’il menait, mais elle craignait aussi qu’il ne s’embarquât dans des expéditions trop périlleuses. Camille lui était sympathique, mais les idées indépendantes que celle-ci affichait la choquaient un peu, et avec sa prudence bourgeoise, elle jugeait au moins inutile de pousser son fils à se faire l’auxiliaire d’une orpheline si hardie. Cette association pouvait être la préface d’un mariage et si riche que dût être plus tard mademoiselle Monistrol, cette mère avisée pensait avec raison que, s’il se rangeait, Julien trouverait mieux, dans le monde où vivaient ses parents.

À ce moment, le caissier entra, tenant d’une main cinq rouleaux d’or, et de l’autre un reçu que Camille signa sans difficulté.

Elle n’avait pas à rougir d’accepter cet acompte sur l’héritage du pauvre inventeur qui lui laissait une si belle fortune.

— Savez-vous, mademoiselle, reprit Gémozac, que je ne suis pas très tranquille, quand je songe à votre isolement dans cette maisonnette où on a tué et volé votre père ? Puisque vous tenez absolument à y rester, vous devriez prendre un garde du corps. Voulez-vous que je vous envoie tous les soirs un de mes garçons de recette, un ancien militaire, un colosse qui, à lui tout seul, tiendrait tête à une bande de brigands ? Vous avez bien une mansarde pour le loger ?

— Merci, monsieur, j’ai Brigitte.

— Qui ça, Brigitte ?

— Ma nourrice, monsieur. Elle est forte comme un homme et elle n’a peur de rien. Elle saurait me défendre.

— À votre place, je ne m’y fierais pas trop. Et d’ailleurs, elle n’est pas encore à son poste.