Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/46

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— Pardon, monsieur, elle y est depuis hier. Je suis allée la chercher à Montreuil. Elle a tout quitté pour venir avec moi, et elle m’attend à la maison. Permettez-moi donc de prendre congé de vous.

— Ah ! vous m’en direz tant ! murmura Gémozac.

Il se leva. Sa femme était déjà debout. Elle aimait autant ne pas prolonger cette première entrevue, mais elle se réservait de faire dès le lendemain une visite à mademoiselle Monistrol et de causer avec elle en tête-à-tête et à fond. Elle l’embrassa sur les deux joues et elle la reconduisit jusqu’à l’escalier.

Le père et le fils se contentèrent de serrer les mains que Camille leur tendait.

La courageuse fille avait dit tout ce qu’elle avait à dire ; elle emportait, dans un petit sac de cuir, un trésor qui suffisait à la défrayer pendant des mois, même en ajoutant à sa dépense ses frais d’entrée en campagne, et elle savait bien qu’elle avait maintenant un véritable ami en la personne de Julien Gémozac.

Mais elle ne comptait que sur elle-même et elle était décidée à ne pas perdre une minute pour entamer les opérations.

Elle était venue en fiacre ; elle se fit conduire directement à la place du Trône. Elle passa devant sa maison ; elle aperçut même Brigitte à la fenêtre, mais elle ne s’arrêta point. Elle se reprochait déjà de ne pas avoir commencé par inspecter les baraques de la foire, et il lui tardait de s’assurer que la troupe dont Zig-Zag faisait partie n’avait pas encore déménagé.

Une foire le matin, c’est comme un théâtre, aux heures où on ne joue pas. Le public est absent. Tout est silencieux. Plus de foule, plus de fanfares, à peine quelques