Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/6

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Elle est habitée, car il y a de la lumière à une des fenêtres du rez-de-chaussée.

Qui peut demeurer là ? Pas des capitalistes, bien certainement ; les capitaux n’y seraient pas en sûreté. Des commerçants ? Pas davantage ; les chalands n’iraient pas les chercher si loin du centre. Cette niche en cailloutis ne convient guère qu’à un vieux rentier misanthrope, retiré là comme un hibou dans un clocher, ou encore à un ménage de petits bourgeois réduits au strict nécessaire et cultivant des légumes dans leur enclos pour corser leur maigre pot-au-feu.

Ainsi pensaient les passants qui remarquaient ce cube de maçonnerie, planté là comme une borne au milieu d’un champ ; ainsi pensaient même les voisins qui connaissaient à peine de vue les occupants de ce château de la misère.

Ils se trompaient tous et il leur aurait suffi de passer le seuil de la maisonnette pour constater que si, à l’extérieur, elle ne payait pas de mine, elle était du moins confortablement meublée.

La fenêtre éclairée était celle d’un petit salon garni de bons fauteuils capitonnés, sans compter un divan bas, à la turque, surchargé de coussins de toutes les couleurs.

Un bon feu brûlait dans la cheminée, quoiqu’on fût au mois d’avril, et la tablette de cette cheminée portait au lieu de la pendule dorée qu’affectionnent les épiciers aisés, une statuette en bronze, signée d’un nom d’artiste connu.

Le plancher était caché par un tapis de Smyrne et les portes par des rideaux de soie écrue.

Au milieu de la pièce, une immense table carrée, une table en bois noir, qui jurait un peu avec le reste du mobilier, une vraie table de travail sur laquelle s’étalaient de