Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/7

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larges feuilles de papier à dessin, des règles, des équerres, des crayons, des compas.

Et cette table n’était pas là pour rien. Elle servait aux travaux d’un homme perché sur un tabouret et courbé sur une épure dont il mesurait les lignes.

En face de lui, une femme faisait de la tapisserie, à la lueur adoucie d’une lampe recouverte d’un abat-jour.

L’homme avait au moins cinquante ans, des cheveux noirs et drus qui commençaient à s’argenter, une longue barbe grisonnante et de grands yeux pleins de feu, qui illuminaient son visage fatigué.

La femme était belle, d’une beauté sérieuse, presque virile, qui la faisait paraître plus âgée qu’elle ne l’était. Mais ses vingt ans brillaient sur sa figure, fraîche comme une fleur printanière, et sa taille avait les souples rondeurs de la première jeunesse.

Elle travaillait sans lever les yeux et le silence n’était troublé que par le grondement de l’orage qui se déchaînait sur Paris.

— Quel temps ! murmura-t-elle en posant son ouvrage sur ses genoux. Si j’étais seule ici, j’aurais peur. Notre cabane de pierres tremble sur sa base… et, en vérité, je crains qu’elle ne finisse par s’écrouler.

— Elle tiendra bien encore un mois, dit l’homme en riant. Et avant un mois, ma Camille chérie, tu habiteras un bel appartement dans un beau quartier, en attendant que tu habites un château acheté sur mes économies.

Maintenant que j’ai de quoi exploiter mon brevet, notre fortune est faite.

— Tu me l’as dit, père, reprit la jeune fille, mais je n’ai pas encore pu m’accoutumer à l’idée que nous allons être riches.