Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/72

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— C’est donc la première fois que vous venez aux Ambassadeurs ?

— Oui. Qu’est-ce que c’est que ces dames, assises en rond là-bas… sur les planches… est-ce qu’elles vont chanter ?

— Jamais de la vie. Ce sont de simples figurantes.

— Pourquoi les a-t-on habillées l’une en bleu, l’autre en rouge, l’autre en jaune, l’autre en vert ?… On dirait une nichée de perroquets.

— Absolument. Madame a le mot juste. Madame serait-elle artiste dramatique ?… non… artiste lyrique, peut-être ?

— Pas artiste du tout. Étrangère.

— Ça ne m’étonne pas. Les Françaises n’ont pas des yeux et des cheveux comme les vôtres. Vous devez être Espagnole.

— Non, je suis Hongroise.

— Ça revient au même. Votre nationalité ne vous empêchera pas d’accepter un verre de Champagne ?

— Je veux bien. J’ai soif.

Fresnay s’empressa de remplir un verre mousseline.

— Non, dit la dame, pas là-dedans. J’aime mieux une coupe.

— Je vais en demander une au garçon.

— Pas la peine : Je me servirai de celle-ci.

Et s’emparant de la coupe pleine que Julien avait devant lui, elle la vida d’un trait.

Le procédé était familier, mais si mal disposé qu’il fût, Julien ne pouvait guère se fâcher. Il s’inclina même pour remercier l’étrangère de l’honneur inattendu qu’elle lui faisait, et elle lui rendit un sourire engageant.

Ces façons commençaient à l’intriguer et il s’efforça de plus belle de ressaisir un souvenir qui lui échappait, le