Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/73

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


souvenir d’une rencontre avec cette énigmatique personne. Il n’y réussit pas davantage, mais il resta convaincu qu’il l’avait déjà vue quelque part, et il risqua une question :

— Puis-je vous demander, madame, depuis combien de temps vous êtes à Paris ? Je ne suis jamais allé en Hongrie et cependant je m’imagine que votre visage ne m’est pas inconnu.

— C’est possible. Je suis arrivée la semaine dernière, mais je vais partout… je veux tout voir.

— Seule ? dit Fresnay en clignant de l’œil.

— Oui, monsieur. Je me passe fort bien de protecteur, car je ne crains personne.

— Alors, vous n’êtes pas mariée ?

— Je n’ai pas besoin de mari.

— Comment l’entendez-vous ?

— J’entends que je veux me gouverner, comme il me plait, et il me plaît en ce moment, de courir les coins et les recoins de cette ville curieuse. Ce ne sont pas les monuments qui m’intéressent. Je veux découvrir le Paris inconnu dont j’ai lu tant de descriptions dans les romans français… les bouges… les assommoirs…

— Et vous commencez ce soir par un café-concert. C’est parfait, chère madame. Mais il y a mieux et je suis en mesure de vous mener dans les bons endroits. Je serai donc votre guide, si vous le permettez, et je vous garantis que vous n’en trouverez pas de meilleur.

— Merci. J’en ai un.

— Qui ça ? Un interprète qu’on vous a fourni à l’hôtel où vous êtes descendue ?… un domestique de place à dix francs par jour ? Il vous fera visiter la Monnaie, les Halles et les Abattoirs… tandis qu’un vieux Parisien comme moi vous montrera ce que les étrangers ne voient jamais.