Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/77

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Je serais charmée, messieurs, de vous recevoir ; mais je doute que vous gardiez le souvenir d’une rencontre due au hasard…

— Je vous prouverai le contraire, et bientôt, dit chaleureusement Fresnay, qui s’emballait de plus en plus sur la belle aux cheveux roux.

Julien ne dit mot. Il ne croyait pas aux beaux discours de la dame, et cette soi-disant comtesse hongroise lui faisait de plus en plus l’effet d’être tout simplement une intrigante. Il commençait même à soupçonner qu’elle avait ses raisons pour s’adresser à eux, et il maudissait l’indiscrétion d’Alfred, qui s’amusait à la renseigner, et qui ne paraissait pas disposé à s’arrêter en si beau chemin.

— Du reste, reprit cet incorrigible bavard, je compte, chère madame, que nous allons vous offrir, dès ce soir, une excursion intéressante. Après le concert, je vous montrerai, si vous le permettez, un des coins les plus bizarres du Paris nocturne.

— En attendant, dit l’étrangère sans se prononcer, je vous prie de me laisser jouir d’un spectacle tout nouveau pour moi. Est-ce qu’on ne chantera plus ? Les dames de toutes couleurs s’en vont… et la scène reste vide.

— Elles reviendront, mais nous allons d’abord avaler des exercices de trapèze qui ne vous amuseront guère.

— Pardon ! j’aime beaucoup les gymnastes, et je suis très curieuse de voir si ceux-là sont aussi forts que les nôtres.

— Gymnastes ! répéta mentalement Gémozac. Elle emploie le mot propre et elle parle un français très correct ! D’où sort-elle ? Jamais je ne me déciderai à croire que c’est une femme du vrai monde… quelque institutrice déclassée