Page:Fortuné du Boisgobey - Le Pouce crochu, Ollendorff, 1885.djvu/76

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l’irriter en parlant de mademoiselle Monistrol à une inconnue très suspecte.

— Pardonnez moi, monsieur, dit doucement cette singulière créature Je vous ai affligé, sans le vouloir, en interrogeant votre ami sur une personne à laquelle vous vous intéressez. Je regrette beaucoup de vous avoir fait de la peine. J’ai eu tort aussi de m’asseoir à votre table, car vous avez dû me juger fort mal. C’est la faute de mon caractère et de l’éducation que j’ai reçue. Je suis accoutumée à ne jamais me contraindre et à ne mesurer ni la portée de mes paroles, ni la portée de mes actes. Mais je vous supplie de ne pas me prendre pour une aventurière. Je suis la veuve du comte de Lugos. J’habite au Grand-Hôtel, jusqu’à ce que j’aie trouvé une installation plus convenable, et, si vous voulez bien venir m’y voir, j’espère que vous changerez d’opinion sur mon compte. Je vous présenterai mon compatriote, M. Tergowitz, que j’espérais rencontrer ici, ce soir.

— Et moi, s’écria Fresnay, est-ce que vous me fermerez votre porte ?

— Non, monsieur, car j’espère que vous allez me dire votre nom.

— C’est juste. Je vous ai présenté mon ami Gémozac, et comme il ne me paraît pas disposé à me rendre la pareille, je vais me présenter moi-même… Alfred, baron de Fresnay, vingt-neuf ans, orphelin, célibataire et propriétaire en Anjou… À nous deux, Julien et moi nous représentons la noblesse et le tiers-état… mais je troquerais volontiers les revenus de ma baronnie contre les millions du père Gémozac, qui reviendront un jour à son fils unique, ici présent.

— Il me suffit de savoir que j’ai affaire à deux gentlemen.