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représentation du second Grand miracle. Immédiatement avant, ou immédiatement après l’instant psychologique de l’Illumination, la Tentation de Mâra et l’Offrande des quatre bols ont seules fourni aux artistes du Gandhâra la mise en scène capable de représenter, ou tout au moins d’évoquer l’irreprésentable Abhisambodhana ; et ils ont indifféremment usé de l’une ou de l’autre scène, au gré de leurs donateurs et dans la mesure de leur talent d’exécution. C’est ce qui nous est copieusement attesté par les nombreux stoupa votifs, dont les bases carrées, faites de quatre dalles jointoyées, représentaient sur chaque face l’un des quatre Grands miracles[1]. Nul ne sera d’ailleurs surpris que le goût public se soit promptement détaché de la scène passive de la Présentation des bols et lui ait préféré dans toute l’Asie bouddhique l’épisode singulièrement plus mouvementé de l’Assaut du Malin.

Troisième temps : la difficulté soulevée par la règle canonique n’est que trop bien résolue par l’émulation des quatre divinités, et un nouveau scrupule s’éveille dans l’esprit du Bouddha : « Ces quatre Grands rois, en vérité, pleins de foi, purs de cœur, m’offrent ces quatre bols de pierre, et moi je n’ai que faire de quatre bols ; d’autre part, si je n’acceptais que d’un seul, cela ferait de la peine aux trois autres ; allons, il faut qu’après avoir accepté ces quatre bols, je n’en fasse qu’un seul bol ». Il reçoit donc à la ronde de Vaiçravana (Nord), de Dhritarâshtra (Est), de Viroudhaka (Sud) et de Viroupaksha (Ouest) le vase à aumônes que chacun d’eux lui tend et, les superposant dans son giron sur sa main gauche, il les fond en un seul. Le Lalita-vistara veut qu’il réussisse cette opération par la seule force de sa volonté ; plus prosaïquement le Mahâvastou croit qu’il fit rentrer les bols les uns dans les autres par une pression de son pouce ; et ainsi, dit-il, les quatre vases n’en firent qu’un seul, mais on distingue toujours sur ce dernier le rebord des trois autres. Le pèlerin chinois Fa-hien qui, au début du ve siècle, a trouvé en grande vénération à Peshawâr le vase à aumônes du Bouddha, note candidement que l’on voyait nettement sur son pourtour la division des quatre récipients originels. Deux fois par jour l’on exposait aux yeux des fidèles la précieuse relique, sans doute déposée sur un trône et abritée sous un dais, telle que la représentent nombre de bas-reliefs du Gandhâra, et les deniers de son culte suffisaient à l’entretien d’un couvent de sept cents moines. Mais toutes les gloires de ce monde sont passagères ; quand plus de deux siècles après Hiuan-tsang passa à Peshawâr, le « couvent du bol » était tombé en ruines et le vase sacré avait fui devant l’invasion hephthalite. Descriptions et monuments nous permettent du moins de nous faire une idée de sa forme, d’ailleurs pareille à la grosse calotte hémisphérique en bois, employée par les bonzes d’aujourd’hui : imaginez une lourde écuelle, sans doute façonnée et creusée au tour dans un bloc de stéatite. S’il n’était pas vain de chercher une explication rationnelle aux données miraculeuses

  1. AgbG fig. 208 et 210 et cf. I p. 416.